1 – Carolyne, Apps and Girls [FR]

En Tanzanie, comme partout ailleurs, les femmes utilisent moins les nouvelles technologies (TIC) que les hommes. Ces disparités d’accès et de maitrise des nouvelles technologies creusent d’autant plus les inégalités entre hommes et femmes. App&Girls s’attaque à ce gender gap technologique et permet aux jeunes filles de devenir actrices de changement en maîtrisant le langage informatique.

App&Girls : les filles s’emparent des nouvelles technologies

 

Carolyne Ekyarisiima est une jeune entrepreneuse, passionnée par l’enjeu des nouvelles technologies, et fermement décidée à en faire profiter les jeunes filles Tanzanie. Originaire de Kampala, Uganda, elle vit aujourd’hui à Dar Es Salaam, capitale économique de la Tanzanie. Carolyne est diplômée en informatique et a enseigné cette matière à la Kampala International University of Dar Es Salaam. Que ce soit en tant qu’étudiante ou enseignante, Carolyne s’est toujours désolée de voir si peu de jeunes filles dans les classes d’informatique. D’autant plus désolée que selon elle, les nouvelles technologiques sont de formidables outils pour lutter contre les inégalités de genre et donner plus de visibilité aux femmes. Carolyne prend rapidement conscience que le travail d’éducation et d’information doit être effectué auprès des jeunes élèves. Or, les cours de technologie sont délaissés dans les écoles primaires et secondaires. Pis, les jeunes filles croient que l’informatique est une matière de garçons. Convaincue qu’en tant que femme, elle peut agir pour faire changer les mentalités, Carolyne démissionne de son poste d’enseignante et crée Apps and Girls. Son objectif? Une égalité d’accès et de maitrise des nouvelles technologies entre hommes et femmes.

 

Apps and Girls est une organisation Tanzanienne, basée à Dar Es Salaam, dont l’activité principale est de dispenser gratuitement des cours de code et d’informatique à des jeunes filles âgées de 10 à 18 ans. Apps and Girls a été créé avec l’objectif de participer à la réduction des inégalités d’accès aux TIC entre les hommes et les femmes. En permettant aux jeunes filles du primaire et secondaire de développer des compétences en informatique, Carolyne Ekyarisiima espère réveiller une génération des jeunes femmes conscientes de leur potentiel d’action en tant qu’ingénieurs, entrepreneurs et leaders.

Après un an et demi d’activité, Apps and Girls intervient dans 9 écoles de Dar Es Salaam (et trois partenariats de plus attendus en janvier 2015), et a formé plus de 240 jeunes filles à utiliser un ordinateur et coder leur propre site Internet. Apps and Girls compte aujourd’hui une dizaine de formateurs bénévoles et deux salariés à temps-plein qui se relayent pour animer cours hebdomadaires de code, Hackaton, Boot Camps et compétitions annuelles.

Les défis actuels d’Apps and Girls sont plus complexes qu’on ne pourrait le croire à première vue. Bien évidemment, l’association a un besoin urgent de se doter de plus d’ordinateurs afin d’être en capacité d’accueillir plus de jeunes filles aux formations et de ne plus dépendre du matériel fourni par les écoles primaires et secondaires. Pourtant, « le plus grand défi, nous confie Carolyne Ekyarisiima, ce sont les parents ». Certains parents d’élèves refusent d’investir du temps et de l’argent dans l’éducation de leurs filles.

Carolyne souligne la difficulté de les convaincre du potentiel des nouvelles technologies : « Beaucoup de parents pensent que c’est une affaire de garçons, et que des filles n’y comprendront rien. Certains parents pensent même qu’Internet est un outil dangereux qui portera préjudice à leurs filles. Parfois, il suffit de leur expliquer ce que nous enseignons pendant les formations pour les faire changer d’avis. Mais parfois, des jeunes filles doivent abandonner la formation en cours ». Le plus grand défi pour Carolyne est donc de parvenir à faire évoluer les mentalités et de faire prendre conscience aux adultes des avantages qu’offrent les TIC à leurs enfants.

Nous avons pu observer deux principaux facteurs expliquant ce « gender gap ». D’une part, les parents sont traditionnellement moins enclins à investir temps et argent dans l’éducation de leurs filles que dans celle de leur fils. Les jeunes filles étudient moins longtemps que les garçons, disposent de moins de supports pédagogiques, et de libertés d’adhérer à des clubs d’informatique. D’autre part, comme l’explique Steve Henn, dans son article When Women stop Coding, il semble que les garçons soient naturellement plus attirés par les outils multimédias en raison du marketing des TIC. Les jeunes garçons grandissent avec des jeux vidéos designés pour eux : logique donc qu’ils s’approprient plus facilement l’outil informatique. Permettre aux femmes d’accéder aux nouvelles technologies, c’est opérer un mouvement de conscientisation de leurs droits, améliorer leur visibilité en ligne et favoriser leur émancipation grâce à de nouveaux outils.

Chaque année au mois de décembre, Apps and Girls organise une Compétition rassemblant près de 150 jeunes filles venues défendre un projet d’utilité sociale. Les mois précédant la compétition, les équipes d’étudiantes élaborent des solutions IT pour répondre à des besoins sociaux ou environnementaux. Elles mettent ainsi en pratique les compétences acquises lors des formations de code dispensées par Apps and Girls. Cette année, Apps and Girls comptait plus de 40 projets en lice.

Why-Not Women a rencontré une dizaine d’équipes lors de sa mission à Dar Es Salaam. Parmi tous ces beaux projets, celui de Winnie Godlove, jeune collégienne de 15 ans, a particulièrement retenu notre attention. Ecœurée par le traitement infligé aux femmes souffrant de fistules [3] après un accouchement difficile ou un viol, elle veut en finir avec les tabous qui oppressent les victimes. Chaque année, on décompte plus de 3 000 cas de femmes souffrant de fistules en Tanzanie. Celles qui ne sont pas opérées rapidement, sont rejetées de leur communauté et meurent d’infection dans les jours qui suivent. Or des traitements existent et pourraient sauver des milliers de vies. Forte de ses nouvelles compétences en informatique, Winnie décide de créer une plateforme de discussion en ligne – Fanikisha Mama – pour permettre aux rescapées de témoigner, partager leurs expériences et conseils avec d’autres femmes souffrant de fistules. D’autre part, la plateforme devrait permettre aux visiteurs d’effectuer un don en ligne pour aider une femme à se reconstruire en démarrant une activité génératrice de revenus. Winnie espère pouvoir aider des milliers de femmes à se reconstruire, ou simplement empêcher la mort de centaines d’entre elles. Si la plateforme n’est pas encore active sur le web, Winnie a remporté la Compétition Apps and Girls le 12 décembre dernier.

 

Apps and Girls ne se contente ainsi pas de former des jeunes filles à rédiger des lignes de codes. Carolyne, et les autres formateurs bénévoles leur permettent de mettre leurs connaissances au service de causes sociales ou environnementales, et ainsi de se positionner en tant qu’actrices de changement pour leur pays. De ce fait, Apps and Girls participe à l’émergence d’une génération de jeunes femmes engagées, compétentes et responsables.

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