Sebastien Duffilot et le Centre de Conservation des Eléphants [FR]

541544_271678216248507_1763772246_nLors de notre court séjour au Nord du Laos, nous nous sommes intéressées au Centre de Conservation des Eléphants (CCE), vivement recommandé aux voyageurs s’arrêtant à Luang Prabang sur les sites touristiques. N’ayant malheureusement pas le temps d’y passer deux jours, nous avons contacté son co-fondateur, Sébastien Duffillot, afin de le rencontrer à Vientiane. Découvrez dans cet article son parcours et son avis sur le tourisme autour des éléphants.

Un hyperactif engagé pour la défense des éléphants au Laos

Sébastien est français, et a commencé sa carrière en Thaïlande en tant que coopérant à Bangkok auprès de l’ambassade de France. C’est en rejoignant un ami, coopérant au Laos, qu’il découvre pour la première fois ce pays. On lui proposera plus tard d’y revenir afin de prendre la direction d’une agence de création graphique à Vientiane. Il y restera 6 ans.

C’est face à l’utilisation récurrente du symbole graphique de l’éléphant au cours de son travail qu’il commence à s’intéresser au sujet : pourquoi n’en voit-il que si peu au Laos, pourtant aussi appelé le « Pays du million d’éléphants » ? Sébastien réalise vite que si c’est un symbole culturel extrêmement fort, les éléphants y sont en voie de disparition. On n’y compte aujourd’hui que 450 éléphants domestiques et 300 éléphants sauvages au Laos. Les raisons sont multiples, avec en tête de liste la déforestation intensive, les massacres ayant eu lieu durant la guerre du Vietnam et la mécanisation du travail forestier qui remplace celui des éléphants.

Photo de Paul Wager

 

Il décide alors d’organiser une caravane d’éléphants pour sensibiliser les populations locales et les touristes à la question. De janvier à avril 2002, une caravane de quatre éléphants parcourt 1300 kilomètres à travers le Laos. Devant être un projet ponctuel, l’association créée à cette occasion, ElefantAsia, devient une entreprise bien plus large. Au programme : l’amélioration des conditions de travail des éléphants, l’aide à la reconversion des cornacs, qui face à la mécanisation du travail en forêt se retrouvent dans une situation de forte précarité, ou encore la création d’une clinique mobile pour soigner les éléphants sur leur lieu de travail. Dans ce cadre, il participe à la création d’une association de cornacs pour gérer les balades en forêt.

Sur le modèle de la caravane des éléphants, ElefantAsia entreprend alors un Festival des éléphants, à la fois tribune pour la conservation des éléphants et occasion de redorer le statut des cornacs autrefois respectés pour leur activité. Le Festival a lieu chaque année en février dans la province de Sayaboury, et a rassemblé 12 éléphants et environ 100 000 personnes à l’occasion de sa dernière édition.

Afin d’aller plus loin, Sébastien co-fonde en 2011 le Centre de Conservation des Eléphants, centre d’éco-tourisme et de bien-être animal. Ce centre et lieu de vie de 9 éléphants est aujourd’hui rentable après 3 ans d’activité seulement, preuve de la forte demande pour un tourisme plus responsable. Il accueille des touristes qui peuvent venir en apprendre plus sur les éléphants à travers l’observation et l’information, sans interaction physique dénaturante avec eux. Il contient également une nurserie et un programme de reproduction.

Aujourd’hui, Sébastien a rejoint l’association Des éléphants et des hommes afin de poursuivre l’éducation, la sensibilisation et la promotion du bien-être animal. Pour les 20 ans de l’UNESCO l’année prochaine, ce seront 20 éléphants qu’il invite à la fête à Luang Prabang, après avoir parcouru 630 kilomètres du 27 octobre au 17 décembre. Vous pouvez participer au financement de cette caravane ici.

Le regard de Sébastien sur le tourisme à dos d’éléphant

Vous en avez peut-être entendu parler, le tourisme à dos d’éléphants fait scandale depuis que des vidéos de domestication d’éléphants à travers des tortures abominables ont été publiées et partagées en masse sur la toile. Nous avons, durant notre voyage en Thaïlande, été les premières à refuser de monter sur un éléphant. Qu’en pense Sébastien ?

En Europe, certaines agences interdisent les balades à dos d’éléphant. « Mais s’il n’y a pas de tourisme, que font-ils ? Ils mendient ou tirent du bois en forêt dans des conditions de travail difficiles ». Interdire les balades, c’est déclencher une réaction épidermique sur un problème plus profond.

Premièrement, il n’y a pas de forêts protégées suffisantes pour les remettre en liberté. Deuxièmement, comme dans tous les procédés de dressage, il y a des cas abusifs. Un vrai cornac fait attention à son éléphant. Il y a plusieurs choses à savoir à propos de ces vidéos : en 1989, le gouvernement de Thaïlande a interdit le travail du bois. Les cornacs ayant de l’expérience en dressage ont disparu, et les éléphants se sont retrouvés à mendier.

Mae Kham Ohn, femelle du CCE

 

La culture de dressage et du cornac ont disparu, laissant place à des amateurs utilisant des techniques barbares. Il y a également une différence entre les éléphants ‘nés’ domestiques et les éléphants sauvages capturés. Les vidéos prises en Birmanie montrent des techniques qui consistent à ‘briser’ des éléphants sauvages, beaucoup plus difficiles à dresser. En conclusion, ces vidéos prises en Thaïlande ou en Birmanie sont loin d’être des cas systématiques.

Au CCE par exemple, le dressage se fait en deux étapes. Si le recours à un chaman et la technique traditionnelle ne se fait pas, aucun cornac n’acceptera de monter l’éléphant et ce sera un problème toute sa vie. Il y a donc la phase traditionnelle où en effet l’éléphant est placé dans une cage 12 jours et séparé de sa mère – ce qui n’a rien de différent du dressage d’autres animaux – mais aucune violence n’est utilisée. Ensuite, il y a une phase de renforcement positif, qui consiste à former l’éléphant à recevoir des soins vétérinaires à travers un système de récompenses.

Finalement, la solution la plus adéquate consisterait à protéger les éléphants sauvages et mieux contrôler le tourisme et le traitement des éléphants domestiques. Dans cette optique, Sébastien aimerait dans les prochaines années travailler à l’élaboration d’un classement-reward des organisations d’éléphants, sorte de Guide Michelin des camps d’éléphants.

 

DCIM100GOPRO

 

Merci!

 

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