POOJA, ÊTRE UNE FEMME ENTREPRENEURE PASSIONNÉE DANS LA CAMPAGNE INDIENNE ? WHY NOT ?

Nous rencontrons Poona Shahi dans le train du Jagriti Yatra, un voyage à la rencontre des grandes figures de l’entrepreneuriat en Inde et un appel au changement social par la jeunesse indienne. Sa présence n’était pas un hasard. Pooja est une boule d’enthousiasme et d’engagement. Pooja est une vraie entrepreneure sociale. Chaque détail de son histoire le démontre.
10830429_931892213488193_1778490983801372403_o

 Dans son village, les femmes restent à la maison. Pas elle.

Pooja a grandi, avec les 16 membres de sa famille, dans un petit village de la région de Deveria, dans le nord-est de l’Inde. Son père, comme 80% de la population, cultive la terre. Le reste des villageois tiennent de petites épiceries ou sont artisans. Dans cette région reculée, les femmes restent à la maison. Et ce n’est pas une question de choix. Et ce n’est pas une question de choix.

Mais Pooja veut avoir le choix. Alors que les femmes de son village restent entre quatre murs, Pooja parcourt le pays à bord d’un train pendant plus de 15 jours, aux côtés d’autres entrepreneurs sociaux, étudiants, consultants ou journalistes, et nous.

Lorsqu’on lui demande de nous raconter sa vie, sa réponse est simple et honnête. Simple pour elle, incroyable pour nous. A 14 ans, Pooja décide de rejoindre un atelier de confection de Sari (tenue traditionnelle indienne). Mais la patronne la renvoie. Frustrée, Pooja rentre chez elle et décide d’apprendre par elle-même. Son premier sari est tellement beau qu’une vingtaine de ses amies lui en réclament d’autres. Voilà comment est Pooja, obstinée et spontanée.

Un jour elle entend au détour d’une conversation le terme de « macramé ». Elle cherche le mot en ligne et tombe sur le site d’une entreprise basée dans une ville de la région. Pooja décide de rendre visite à l’entreprise. Mais une fois sur place, un employé lui explique qu’elle a mal écrit le mot et que cette entreprise n’a rien à voir avec la confection de macramé. Malgré une honte passagère, elle demande la bonne orthographe du mot et rentre chez elle continuer ses recherches. Enfin, elle trouve une vidéo en ligne expliquant comment confectionner des objets décoratifs à partir de macramé. Elle décide d’essayer. Elle achète le matériel nécessaire et fait un essai. Elle est si fière du résultat qu’elle l’expose à tout son village. Encore une fois, c’est un succès. Pooja décide de monter son entreprise. Simple, non ? .

Son principal défi ? Une bonne connexion internet.

Au total, Pooja a formé plus de 120 femmes de sa région à confectionner des objets décoratifs à partir de macramé. Pooja crée ses propres produits : cadres à miroir, chandeliers, jouets et bijoux. Elle forme aussi dix nouvelles formatrices qui voyagent à travers la région pour répandre ce nouveau savoir-faire. Quand on lui demande si elle n’a pas peur que ses nouvelles élèves lui volent son marché, elle répond simplement que la question ne se pose même pas. Après chaque formation, elle propose aux femmes de travailler avec elle, ou monter leur propre entreprise. Elle leur explique qu’en restant avec elle, les femmes réduisent leurs coûts marketing et d’achat de matières premières, car elles achètent groupé. Devinez ce qu’elles choisissent ?

Pooja développe ses propres créations à partir des tutorats en ligne. Or son principal défi est de parvenir à charger une vidéo en ligne. Elle nous raconte comment elle a passé des heures sur le toit de sa maison pour charger une vidéo de deux minutes sur son téléphone. Voilà le défi d’une jeune femme qui parvient à offrir des opportunités économiques à plus d’une centaine de femmes de sa région !

De la chance ? Non, de la ténacité.

Son rêve est de permettre, d’ici à 5 ans, aux femmes de son village de gagner suffisamment d’argent pour envoyer leurs enfants à l’école. En parlant d’études, Pooja nous avoue avec un immense sourire qu’elle est inscrite en Licence d’Arts à l’université mais qu’elle n’y a jamais mis les pieds, préférant développer son propre projet.

Pooja a eu la chance d’avoir un père qui lui a appris à suivre ses convictions. Il ne l’a peut-être pas encouragée, mais il ne l’a jamais empêchée de réaliser son rêve. Mais ne voyez aucune « chance » dans ce que Pooja accomplit, seulement de l’obstination. Obstination qui l’a poussée à refuser un mariage arrangé (acte tout à fait banal en Inde). Obstination qui rassemble les femmes artisanes autour d’elle. Les principales qualités d’un leader selon Pooja ? Honnêteté et travail. Ne jamais mentir ou décevoir ses employées, être transparente et instaurer des relations de confiance. Nous sommes convaincues que ces valeurs seront la raison même de son succès.

Mais le succès, le vrai, elle l’a déjà atteint. Elle s’est donné les moyens d’être heureuse. Elle fait ce qu’elle aime. Même le Jagriti Yatra n’est qu’une opportunité pour apprendre à confectionner de nouveaux produits. Tout au long de l‘interview, je pouvais observer son visage, le traducteur me transcrivant ses paroles en décalé. J’ai pu voir son sourire lorsqu’elle racontait comment son aventure avait commencé, comment pour la première fois elle avait brodé son sari. J’ai vu la détermination dans ses yeux lorsqu’elle expliquait comment elle avait découvert le macramé sur une vidéo Youtube, et qu’elle y avait vu un avenir pour les femmes de son village. J’ai vu la fierté de pouvoir mettre sa passion au service des autres. Le bonheur, ce n’est pas si compliqué.

DSC_0856

Merci à Kaustubh Prabhu pour la traduction

Advertisements