1 – Meredyth, fondatrice de PagaBags [FR]

Après plusieurs années à travailler dans la coopération internationale et le développement durable au Burkina Faso, Meredyth Bowler Ailloud décide de créer PagaBags. Son objectif ? Participer au développement économique du pays et s’attaquer au problème de la gestion des déchets en adoptant une approche entrepreneuriale pragmatique qui s’appuie sur le savoir-faire local des femmes. PagaBags développe une filière artisanale solidaire, innovante et écologique. 

Fondée en 2013, PagaBags est une entreprise sociale montée en collaboration, principalement avec des associations et coopératives de femmes. Son objectif est avant tout social et environnemental: elle utilise les sachets plastiques recyclés, ressource abondante, comme matière première et donne l’opportunité à des femmes démunies d’acquérir revenu, conditions de travail décentes et reconnaissance sociale.

S’inscrivant dans la dynamique locale du quartier de Bogodogo, PagaBags s’appuie sur les activités entrepreneuriales, le savoir-faire et les outils de travail existants des femmes entrepreneuses et artisanes pour soutenir et renforcer sa filière économique solidaire et écologique. Leur production ? Des sacs à mains et accessoires faits main par les artisanes tisseuses, à base de sachets plastiques recyclés tissés avec du coton.
Par filière économique solidaire, PagaBags entend initier un réseau d’artisans et d’entrepreneuses au travers lequel les collectrices d’ordures, les tisseuses et les couturières collaborent dans les différentes étapes de production, partant de la matière première jusqu’au produit final.
Par innovante, il s’agit de se positionner dans la création de produits artisanaux respectueux de l’environnement en utilisant comme matière première des produits recyclés ou bio.
Par écologique, PagaBags entend assainir les quartiers et sensibiliser les habitants sur la question des déchets et notamment des sacs plastiques.
En termes de mise en oeuvre, il s’agit d’accompagner les entrepreneuses et artisanes féminines vers une capacité d’auto-gestion et d’auto-promotion de leur activité économique dans une logique de marché.

Pourquoi une entreprise sociale ? J’ai fait le bilan de trente ans de travail et j’ai réalisé avoir commencé beaucoup de choses intéressantes sans jamais aller jusqu’au bout. J’ai voulu être plus utile et dépasser le cadre humanitaire ou solidaire.

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Première étape, direction les quartiers périphériques de Ouagadougou, où PagaBags travaille avec les associations de femmes collectant les ordures ménagères. À l’aide d’une charrette et d’un âne, les femmes font le tour d’une vingtaine de maisons avant de se diriger vers le centre de tri ou de collecte de leur secteur. Ces femmes travaillent dans des conditions dangereuses pour leur santé pour un salaire extrêmement faible. 
À Bogodogo, sept associations regroupant plus de 100 femmes sont partenaires de PagaBags : c’est auprès de ces groupements de femmes que PagaBags achète chaque semaine les sachets plastiques qui serviront à sa production. En leur apportant un revenu supplémentaire, PagaBags contribue à l’augmentation de leurs salaires et constitue un revenu dédié à l’entretien des centres de collecte.

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Etape suivante de la chaîne de production, là encore, PagaBags a permis à des femmes de se rassembler en une association, l’Association des femmes tisserandes de Bogodogo, qui s’occupe de reconditionner les sachets et les tisser avec du coton. Ce sont 12 femmes, auparavant en condition de précarité extrême, qui ont bénéficié d’une formation et d’un accompagnement pour gérer de façon semi-autonome les commandes de PagaBags et respecter un cahier des charges “qualité”. En plus d’avoir appris un métier, elles ont aujourd’hui un revenu plus élevé, bénéficient d’un lieu de travail financé par crowdfunding sur W4, d’un statut officiel d’association et elles ont toutes leur mot à dire sur la gestion quotidienne de l’association. 

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A partir des pagnes de sachets tissés avec du coton, Meredyth design et fabrique des modèles de sacs et accessoires avec l’aide d’une couturière Burkinabée, Thérèse. Cette couturière a quitté le Nord du Burkina Faso à l’âge de 12 ans pour venir poursuivre ses études de couture à Ouagadougou. Sa professeur, une française, l’incitât à continuer dans ce domaine et 35 ans plus tard, Thérèse est une couturière dont la réputation n’est plus à faire. A son tour, elle offre à de jeunes femmes l’opportunité de venir en stage dans son entreprise afin de leur donner leur chance.

PagaBags travaille également avec des artisans locaux afin de diversifier sa gamme de produits et soutenir d’autres initiatives, pas uniquement féminines cette fois. Un batikier traditionnel crée des tissus pour décorer certains sacs. Un bronzier fournit les logos. Un créateur de bijoux imagine les pendentifs fixés sur les fermetures éclaires. Non seulement ces artisans sont mieux rémunérés, mais ils voient également leurs créations valorisées sur les sacs PagaBags et exportées à l’étranger.

Les produits de Meredyth sont commercialisés par elle-même en France et aux Etats-Unis sur son site commercial http://www.pagabags.com.  Ce sont ces ventes qui lui permettent de rémunérer tous ses fournisseurs de manière décente, d’améliorer les conditions de travail des femmes avec lesquelles elle travaille, et plus tard qui lui permettront d’investir dans un système d’assurances-retraites pour ces mêmes femmes. A terme, Meredyth aimerait s’implanter sur le marché local, mission impossible aujourd’hui avec des coûts de production si élevés.

Why-Not Women a eu la chance d’aller sur le terrain, travailler avec tous les fournisseurs de Meredyth et mesurer son impact auprès des femmes. Nous avons été témoins des vraies valeurs de respect et de collaboration établies avec chacun des fournisseurs. Les femmes sont partenaires et non employées, et des réunions fréquentes permettent à chacun de faire part 10374535_557471521064494_8670652677174956349_ndes améliorations possibles. Si elles sont reconnaissantes de ce que PagaBags leur apporte chaque jour, elles n’hésitent pas à suggérer comment aller plus loin. Ce processus de collaboration horizontale est plus long à mettre en place qu’une structure verticale, et Meredyth doit faire face à l’exigence toujours plus grande de chacun en termes de prix, de rémunérations et de régularité des commandes – autant de défis pour une start-up naissante – mais cela permet l’émancipation de ses partenaires et leur véritable engagement dans la cause soutenue par PagaBags.

 En résultent des produits esthétiques et eco-friendly ! 

Retrouvez son interview par ici :